L’Encre de Phoebé

Un blog littéraire parmi d’autres

Archive pour mai, 2009

Gautier – Lamento

Posté : 10 mai, 2009 @ 9:22 dans Poésie | Pas de commentaires »

 

Lamento

 

Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L’ombre d’un if ?
Sur l’if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant.

Un air maladivement tendre,
A la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu’on voudrait toujours entendre,
Un air, comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux.

On dirait que l’âme éveillée
Pleure sous terre à l’unisson
De la chanson,
Et du malheur d’être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.

Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre de forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

Les belles-de-nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
Tu reviendras ?

Oh ! jamais plus, près de la tombe
Je n’irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter sur la branche de l’if
Son chant plaintif !

 

Théophile Gautier (1811-1872)

Musset – Lorenzaccio

Posté : 6 mai, 2009 @ 10:03 dans Romans & Théâtre | Pas de commentaires »

 

Lorenzaccio

 

Lorenzaccio est une pièce de théâtre, un drame romantique écrit par Alfred de Musset en 1834.

L’événement est historique ; la scène se passe à Florence en Italie, au début du 16e siècle, pendant le règne du Duc Alexandre sur Florence. Alexandre est un tyran débauché, soutenu par l’Allemagne et le Pape. Lorenzo, surnommé Lorenzaccio (« le mauvais Lorenzo ») par le peuple, est son compagnon et l’accompagne dans ses débauches ; il est aussi son entremetteur amoureux. Mais Lorenzo cache un double-jeu : derrière derrière son amitié et sa complicité avec le Duc, il nourrit une haine secrète envers le Duc, et ne désire qu’une chose, le tuer. Ce rêve est né dans son enfance, alors qu’il n’était qu’un élève studieux, pur, innocent ; il voulait tuer un tyran, et, ayant échoué avec le Pape, s’est rabattu sur le duc de Florence. La ville, pleine de grandes familles républicaines qui s’indignent du comportement d’Alexandre, est comme une fleur flétrie et vénéneuse. Le meurtre du Duc restera inutile, et Lorenzo le sait bien, car ces républicains aux belles paroles ne tenteront pas de faire changer les choses. Pourtant, ce meurtre reste le dernier espoir de Lorenzo : c’était sa seule raison de vivre, son unique motivation, la justification du masque qu’il porte et qui maintenant ne peut plus le quitter. Car Lorenzo, en se faisant le complice d’Alexandre, s’est lui-même corrompu à vie. Il aime les femmes et l’alcool, et est incapable de redevenir ce qu’il était jadis, le Lorenzo pur d’autrefois. Magré les avertissements du Cardinal Cibo, Alexandre ne se méfit pas. Lorenzo l’assassine, et, en celà, parce qu’il perd en l’accomplissant le but de sa vie, devient « plus creux et plus vide qu’une statue de fer blanc ».

Lorenzo est un héros romantique complet. Désillusioné sur la valeur humaine, sur sa propre amibiton, il est perdu irrémédiablement, silloné par l’échec et la débauche. On peut retrouver en lui l’image de Musset.

 

Lorenzaccio est un très beau texte. Un peu difficile, car il y a un nombre extraordinaire de personnages pour une pièce de théâtre. En effet Musset, énervé et en quelque sorte « vexé » par le flop de ses premières pièces, à décider d’écrire celle-là sans se soucier du tout qu’elle puisse être mise en scène. Grand nombre de personnages, changements incessants de lieux (et donc de décors), longueur relative de la pièce (sur scène, 3h en étant tronquée de quelques scènes, c’est dire …), bref, tout un défi. C’est peut-être aussi pourquoi il a été publié dans un receuil nommé « Spectacle dans un fauteuil » …

 

Citations

« S’il y a quelqu’un là-haut, il doit bien rire de nous tous ; cela est très comique, très comique, vraiment. »

« Je puis délibérer et choisir, mais non revenir sur mes pas quand j’ai choisi. »

« Tous les hommes ne sont pas capables de grandes choses, mais tous sont sensibles aux grandes choses. »

« Ce que vous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde. »

« Le vice a été pour moi un vêtement, maintenant il est collé à ma peau. »

 

Musset – Rappelle-Toi

Posté : 6 mai, 2009 @ 9:22 dans Poésie | Pas de commentaires »

 

Rappelle-Toi

 

Rappelle-toi, quand l’Aurore craintive
Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive
Passe en rêvant sous son voile argenté ;
A l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
Ecoute au fond des bois
Murmurer une voix :
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées
M’auront de toi pour jamais séparé,
Quand le chagrin, l’exil et les années
Auront flétri ce coeur désespéré ;
Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon coeur battra,
Toujours il te dira
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s’ouvrira.
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
Ecoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi.

Alfred de Musset (1810-1857)
Poésies nouvelles

 

 

Musset – Vision

Posté : 5 mai, 2009 @ 7:32 dans Poésie | Pas de commentaires »

Vision

 

Je vis d’abord sur moi des fantômes étranges
Traîner de longs habits ;
Je ne sais si c’étaient des femmes ou des anges !
Leurs manteaux m’inondaient avec leurs belles franges
De nacre et de rubis.

Comme on brise une armure au tranchant d’une lame,
Comme un hardi marin
Brise le golfe bleu qui se fend sous sa rame,
Ainsi leurs robes d’or, en grands sillons de flamme,
Brisaient la nuit d’airain !

Ils volaient ! – Mon rideau, vieux spectre en sentinelle,
Les regardait passer.
Dans leurs yeux de velours éclatait leur prunelle ;
J’entendais chuchoter les plumes de leur aile,
Qui venaient me froisser.

Ils volaient ! – Mais la troupe, aux lambris suspendue,
Esprits capricieux,
Bondissait tout à coup, puis, tout à coup perdue,
S’enfuyait dans la nuit, comme une flèche ardue
Qui s’enfuit dans les cieux !

Ils volaient ! – Je voyais leur noire chevelure,
Où l’ébène en ruisseaux
Pleurait, me caresser de sa longue frôlure ;
Pendant que d’un baiser je sentais la brûlure
Jusqu’au fond de mes os.

Dieu tout-puissant ! j’ai vu les sylphides craintives
Qui meurent au soleil !
J’ai vu les beaux pieds nus des nymphes fugitives !
J’ai vu les seins ardents des dryades rétives,
Aux cuisses de vermeil !

Rien, non, rien ne valait ce baiser d’ambroisie,
Plus frais que le matin !
Plus pur que le regard d’un oeil d’Andalousie !
Plus doux que le parler d’une femme d’Asie,
Aux lèvres de satin !

Oh ! qui que vous soyez, sur ma tête abaissées,
Ombres aux corps flottants !
Laissez, oh ! laissez-moi vous tenir enlacées,
Boire dans vos baisers des amours insensées,
Goutte à goutte et longtemps !

Oh ! venez ! nous mettrons dans l’alcôve soyeuse
Une lampe d’argent.
Venez ! la nuit est triste et la lampe joyeuse !
Blonde ou noire, venez ; nonchalante ou rieuse,
Coeur naïf ou changeant !

Venez ! nous verserons des roses dans ma couche ;
Car les parfums sont doux !
Et la sultane, au soir, se parfume la bouche ;
Lorsqu’elle va quitter sa robe et sa babouche
Pour son lit de bambous !

Hélas ! de belles nuits le ciel nous est avare
Autant que de beaux jours !
Entendez-vous gémir la harpe de Ferrare,
Et sous des doigts divins palpiter la guitare ?
Venez, ô mes amours !

Mais rien ne reste plus que l’ombre froide et nue,
Où craquent les cloisons.
J’entends des chants hurler, comme un enfant qu’on tue ;
Et la lune en croissant découpe, dans la rue,
Les angles des maisons.

 

 

Alfred de Musset (1810-1857)

Musset – La Nuit de Décembre

Posté : 5 mai, 2009 @ 7:10 dans Poésie | Pas de commentaires »

La Nuit De Décembre

(Extrait)

LA VISION

 

Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l’ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j’aime, je ne sais pas
De quel côté s’en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère ;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton coeur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude,
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de Musset (1810-1857)
Les Nuits

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